Pour sa première année dans la catégorie reine, Johann Zarco a fait forte impression dans les paddocks du MotoGP. Meilleur rookie et premier pilote indépendant, il a emballé les statistiques de la moto française. Essayons de comprendre pourquoi le pilote français représente aujourd’hui l’un des grands espoirs de la moto tricolore.

 

 

Grand Prix du Qatar, dimanche 26 mars 2017. Johann Zarco, double champion du monde Moto2 en titre, dispute sa première course dans la catégorie reine des Grands Prix. Le niveau n’a jamais été aussi relevé : l’année précédente, pas moins de neuf pilotes sont montés sur la plus haute marche du podium. Mais l’histoire est belle : un pilote français dans un team français (celui de Tech3).

 

Et cette marche, Johann Zarco l’a franchie avec brio. Des conditions de pistes incertaines, un départ agressif, et voilà le rookie de 27 ans en tête de son premier Grand Prix MotoGP. Bien sûr, la magie n’a pas duré bien longtemps. Sept tours pour être exact, avant la chute du n° 5. Cette erreur laisse certes un goût amer au Français et à son entourage. Mais le paddock est prévenu : il faudra compter sur Zarco dans les courses à venir.

 

 

 

 

Une première année étonnante

 

Johann Zarco s’est souvent illustré par ses choix de pneumatiques osés. On se souvient de la manche de Jerez l’an dernier où le pilote français avait impressionné par son agressivité en début de Grand Prix, même si la fin de course ne lui avait pas permis de jouer le podium. Le pilote Yamaha a également surpris dans sa manière d’aborder les essais, privilégiant toujours la course et les réglages de dernière minute à une qualification assurée en Q2. Une manière de travailler qui lui a souvent joué des tours. En 2017, il a dû passer à six reprises par la case Q1, lui enlevant un train de pneus pour jouer la deuxième qualification. Au Mans par exemple, Johann Zarco s’était qualifié de justesse en Q2, avant de signer le troisième chrono synonyme de première ligne pour son Grand Prix national.

 

Pour autant, même si son irrégularité aux essais dans la première moitié de saison est notable, Johann Zarco a fait preuve d’une régularité sans failles les dimanches de course. Mis à part ses déboires du Qatar, il n’a par la suite engrangé aucun résultat blanc et a marqué des points à chaque course. Il aborde ainsi le Grand Prix de France ce week-end en ayant marqué des points lors de ses 21 dernières courses.

 

Ce qui nous laisse penser que Johann Zarco devrait remporter un Grand Prix rapidement, c’est qu’il est passé plusieurs fois très près de cet exploit en 2017. Un bilan positif (3 podiums, 2 pole positions, 4 meilleurs tours en course) et surtout 64 tours menés sur les 447 des 18 courses du championnat 2017 (voir infographie ci dessus). Seul Marc Marquez (champion du monde en titre) a su faire mieux. Le Français n’a certes pas réussi à transformer ces occasions mais il a montré à maintes reprises qu’il était capable de mener une course. Ce classement du nombre de tours mené par les sept premiers du championnat fait également un constat intéressant : Johann Zarco est le seul pilote d’un team indépendant à y figurer. Le deuxième étant Danilo Petrucci avec 33 tours menés.

 

Du jamais vu dans la moto française


Pour comprendre l’engouement national autour de Johann Zarco, il convient de remettre en contexte le pilote Yamaha dans l’histoire de la moto tricolore. Son arrivée fracassante en MotoGP et ses résultats plus qu’honorables ont laissé entrevoir que la France pourrait avoir prochainement un pilote vainqueur dans la plus grosse catégorie du sport moto. Performance notable puisque la dernière victoire d’un pilote français en catégorie reine remonte à 1999, avec un certain Régis Laconi. Soit 19 ans de disette. Et depuis plusieurs années, Johann Zarco ne cesse d’affoler les statistiques françaises. À commencer par son record de victoires en compétition moto, ou son nombre de podium. Après avoir signé la pole position sur le circuit d’Assen, 15 ans après Olivier Jacques, Johann Zarco a laissé entrevoir bien plus pour le reste de sa carrière en MotoGP, qui est déjà remarquable dans l’histoire française des grands prix, comme l’atteste le graphique ci dessous.

 

Certes, le palmarès jusqu’alors de Johann Zarco semble impressionnant. Mais comme le rappelait en 2017 le double champion du monde Moto2, le public français ne jure que pour la catégorie reine des Grands Prix : « Le MotoGP peut changer ma célébrité et me faire devenir l’icône moto française pour ramener plus de Français à la moto. J’espérais que mon deuxième titre Moto2 allait commencer à changer les choses, mais ça n’a rien changé pour le grand public français. En revanche, en performant en MotoGP, oui, on peut commencer à toucher le grand public. J’aimerais qu’au-delà des passionnés de moto, on en parle un peu plus et qu’on soit plus reconnus. En performant en MotoGP, cette reconnaissance viendra. »

 

On comprend mieux pourquoi l’attente est grande derrière Johann Zarco, qui ne serait finalement que le 4e vainqueur dans la catégorie Reine. Quand on compare à ses adversaires principaux, ou à une légende de la moto comme Giacomo Agostini, le constant est bien différent : la France à du retard sur des pays comme l’Espagne ou l’Italie (voir infographie suivante).

 

Un début de saison prometteur


Aujourd’hui, à l’entame du Grand Prix de France moto, ce week-end des 18, 19 et 20 mai, Johann Zarco a clairement endossé ce statut d’outsider après le Qatar 2017. Meilleur rookie et premier pilote indépendant, il n’a cessé de progresser tout au long de la saison, jusqu’à se positionner pour certains observateurs comme un sérieux client pour le titre… alors qu’il ne dispose pas encore d’une machine officielle. Quoi qu’il en soit, l’ampleur médiatique récente autour du futur du pilote Yamaha pour 2019 témoigne bien de l’intérêt suscité pour le pilote français.

 

Plus que la victoire, en arrivant deuxième au championnat au Mans, Johann Zarco commence même à penser au titre. A-t-il la moto pour l’être ? Bien sûr cela relèverait de l’exploit qu’un pilote d’un team satellite soit sacré, mais la Yamaha Tech3 est performante, on l’a vu l’année dernière, et cette année Johann Zarco bénéfice de quelques avantages supplémentaires que ne dispose pas par exemple son équipier Hafizh Syahrin.

 

Et le style coulé et sans violence que possède Johann Zarco est un atout pour lui. « Vous devez conduire cette machine avec douceur, freiner doucement, accélérer doucement et régler la moto en douceur. C’est le style de pilotage spécial dont vous avez besoin pour une Yamaha, faisait remarquer Nicolas Goyon, chef mécanicien d’Hafizh Syahrin sur Speedweek.com. Ce style rend les pilotes rapides. C’est ce style de conduite qui a rendu Lorenzo spécial sur le Yamaha. Si vous comparez Johann Zarco à Maverick Viñales et Valentino Rossi, c’est le pilote Yamaha qui a le style parfait pour cette machine. Son style de pilotage est très similaire à celui de Jorge Lorenzo. »

 

Plus encore, même s’il disposera l’année prochaine d’une moto d’usine chez KTM, taillée pour lui, le pilote Tech3 dispose également d’un avantage à être dans un team satellite, dont la moto est très performante. Cela peut en partie expliquer les difficultés rencontrées par les pilotes officiels depuis le début de saison : « Pour nous, c’était un avantage de travailler avec une moto fiable que nous connaissions bien, continuait Nicolas Goyon. Nous n’avons pas eu à développer un châssis comme les pilotes d’usine, qui ont dû s’adapter à de nombreux changements. »

 

Pour rappel, les teams privés ou « satellites » disposent généralement des machines des années précédentes des teams usines. Parfois, comme c’est le cas avec Cal Crutchlow, il arrive qu’un accord soit trouvé pour fournir une moto d’usine à un pilote. Malgré les sollicitations d’Hervé Poncharal fin 2017, Yamaha n’a pas souhaité donner cette possibilité à Johann Zarco, mais le Français dispose tout de même d’une machine qui a fait ses preuves, capable de tenir sur la durée du championnat. D’autant plus que certains éléments sont identiques aux motos d’usines.

 

Seul le moteur reste le plus gros point de différence entre ces motos (voir infographie ci-dessous) malgré le plus apporté par l’usine Yamaha. « On sait toujours que Tech3 par rapport aux motos d’usine a 1000 tours de moins parce que sur toute l’année ça coûte cher et on a cinq moteurs quand eux en ont sept ou huit, expliquait Johann Zarco sur Eurosport. Et là j’aurais le droit je crois à sept moteurs dans l’année, donc ça veut dire qu’ils me rajoutent 500 tours minute. Et ça fait plus de performances pour le moteur. »

 

S’il parvient à s’imposer ce week-end, Johann Zarco pourrait devenir le premier pilote tricolore à gagner en France depuis Pierre Monneret en 500cc en 1954 à Reims. En tout cas, le pilote Yamaha est clair : « Je progresse sur cette moto et la Yamaha est généralement performante sur ce tracé. C’est donc une Marseillaise que j’espère offrir au public ». Une moto performante, un pilote bien dans ses baskets, rien ne semble pouvoir s’opposer à ce que Johann Zarco égale son podium de l’an dernier, voire faire mieux.

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